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Le blog d'Emmanuelle

Alain est mort et tout le monde s’en fout, même la gauche de gauche

18 Octobre 2013 Publié dans #Social, #A gauche

Contrairement à Leonarda, Alain ne fait pas la Une de l’actu. Il ne suscite pas une mobilisation des lycéens ou une protestation généralisée dans la gauche de gauche. Non, son drame à lui reste tragiquement discret. Le samedi 12 octobre, Alain s’est suicidé. Deux ans jour pour jour après l'annonce de la fermeture de certains fourneaux d’ArcelorMittal à Liège, il s’est pendu. Agé de 45 ans, il était entré à l'usine à 14 ans avant de gravir un à un les échelons et devenir responsable de production dans un laminoir de Chertal, en Belgique. Comme plus de 2 000 salariés concernés par la fermeture de la « phase à chaud » et d'une partie de la « phase à froid » dans le bassin sidérurgique wallon, il était sur le point de perdre son emploi.

Pour expliquer son geste, il a laissé une lettre qu’il voulait diffuser au plus grand nombre. C’est le plus petit nombre qui en a eu connaissance. La voici :

Chère famille, je vous dis mes derniers mots.
Je veux que vous respectiez ma femme et ma fille. Elles n’y sont pour rien. Je les ai fait souffrir énormément à cause de mon boulot pour monsieur Mittal. Il m’a tout pris, mon emploi, ma famille. Combien de familles va-t-il encore détruire ? Moi je n’en peux plus de ce milliardaire. Vous savez, je me bats depuis 31 ans pour avoir un petit quelque chose et voilà, je vais perdre mon emploi et combien de familles vont le perdre, monsieur Mittal?
Cher gouvernement, allez vous enfin sauver les milliers d’emplois des familles qui en valent la peine ?
Ma petite femme et ma fille, je veux que vous sachiez que je vous aime mais monsieur Mittal m’a tout repris : la fierté, la politesse et le courage de me battre pour ma famille.
Et que la presse soit au courant de mon acte. J’ai fait des panneaux, je voudrais qu’ils soient à l’église, que tout le monde voie pourquoi j’ai mis fin à mes jours.

Dans son extrême compassion, la direction d’ArcelorMittal, qui ne manque pas de cynisme, avait pourtant fait son maximum : « nous savions qu'il traversait des difficultés depuis plusieurs années et nous lui avions fourni une aide psychologique »

Si la presse belge a un petit peu relayé l’info, la presse française elle s’en fout. Vous savez, celle du pays où le gouvernement Hollande-Ayrault a capitulé devant Mittal, sans condition. Capitulé devant qui d’abord ? Et pourquoi ?

En décembre 2012, Gérard Horny, journaliste spécialiste des questions financières et patrimoniales, s’interrogeait ainsi : « Peut-on faire confiance à Mittal ? La question la plus fréquemment posée en ce moment n’a pas grand sens. La vraie question est de savoir ce que peut et veut faire Lakshmi Mittal compte tenu de la situation financière de son groupe. » Son analyse était simple et lucide : « des pressions politiques, Lakshmi Mittal en subit tous les jours de la vingtaine de pays où il a des installations industrielles. Dans le contexte actuel, il est probable qu’il accorde plus d’importance aux inquiétudes de ses banquiers et aux récriminations de ses actionnaires. Et ces pressions-là vont toutes dans le même sens : le retour le plus rapide possible à la rentabilité. »

Voilà pourquoi Alain est mort. C’est pas bien compliqué. Ca s’appelle la lutte des classes. Ou plutôt, comme il y a des morts, la guerre des classes. Voilà pourquoi « on risque malheureusement d'avoir encore des cas comme celui d'Alain » s’inquiète Ribert Roseeuw, ami et camarade de syndicat d'Alain. Et toutes les cellules médico-psycho-sociales n’y changeront rien. J’aimerais bien entendre la gauche de gauche gueuler aussi fort pour ces crimes là qu’elle s’indigne (à juste titre) contre l’expulsion de Leonarda.

Entendons nous bien : oui, l’expulsion de Leonarda, c’est dégueulasse. Non, la gauche ne fait pas des choses pareilles. Ca tombe bien, Valls ce n’est pas la gauche (bon, ok, faut expliquer ça à la majorité des gens, y a du boulot). C’est un soulagement de voir que les lycéen-ne-s manifestent. Que les gens se révoltent. Je soutiens à 100%. A 1000%.

Mais quand même, je m’inquiète. Car je me dis : Mr Michu, disons le salarié français moyen, qu’est-ce qu’il voit ? Il voit un tollé général, allant jusqu’à demander la démission d’un Ministre, pour une jeune fille étrangère qu’on expulse de France. Que voit-il pour un homme qui se pend parce que la boîte pour laquelle il bosse depuis ses 14 ans le jette comme un déchet ? Que voit-il pour les grévistes de la faim de PSA ? C’est pas aussi censé être le camp des ouvriers, la petite bourgeoisie intellectuelle de gauche ? Faut pas laisser des champs libres comme ça à l’ennemi, camarades, on va le payer très cher.

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zebulon117 02/01/2014 08:52

partagé.. merci <3

zurowski 26/12/2013 22:09

il faut le dire c est terrible

Diamanti 17/12/2013 18:05

Je partage pour que cela se sache.