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Le blog d'Emmanuelle

Je me bats pour la chaleur de vos sourires !

16 Décembre 2013 Publié dans #A gauche, #Un nouveau monde en marche

Je viens de passer un mois en Afrique centrale, au Cameroun. Un mois incroyable. J’y allais pour découvrir un nouveau continent, d’autres paysages, un autre mode de vie. L’essentiel fut ailleurs : les gens. Leur chaleur. Leur joie de vivre. C’est, je pense, ce qui bouleverse tant d’européens qui se rendent en Afrique. Et qui leur donne envie de revenir.

Comment expliquer que là-bas, dans un océan de pauvreté, alors qu’ils n’ont pas le dixième de notre confort et de nos biens matériels, la vie soit si joyeuse ? Partout, des sourires sur les visages. Des rires qui résonnent. Des couleurs qui ravivent les pupilles. Des musiques entraînantes. Des danses enivrantes. Des "mon frère", "ma sœur", "mon ami", pour appeler la première personne venue. J’ai tout de suite aimé ce pays, aimé ces gens. Je me suis sentie plus proche de ces humains à la peau noire et au cœur grand ouvert que de bien des blancs que je côtoie depuis ma naissance. Je vois comme elle est fragile cette chaleur humaine. Qu’elle fait plutôt grise mine de ce côté-ci de la Méditerranée, où nous sommes les champions des antidépresseurs, alors que nous avons tant.

Du coup je me demande : le combat auquel je participe, celui qui veut changer le monde et mettre "l’Humain d’abord", est-il autre chose que celui pour la joie de vivre ? Dans un dossier où il est allé à la rencontre d’ouvriers de l’usine de poulets Doux, François Ruffin, du journal alternatif Fakir, leur pose la question au seuil de l’usine : "Mais est-ce que vous êtes heureux, ici ?". C’est amusant de voir comme il s’excuse presque aussitôt de s’être laissé aller à de telles considérations : "à eux que l’angoisse tenaille, je jette mon interrogation bourgeoise". Il est loin d’être le seul à avoir de tels scrupules dans la gauche de gauche. Parce que les ouvriers ont d’autres soucis que d’être heureux, vous ne croyez pas ?

Ben non, je ne crois pas. La joie (dont je préfère parler plutôt que de bonheur, on peut en discuter) n’est pas une "interrogation bourgeoise". Elle n’est pas un luxe réservé aux classes sociales supérieures. Au Cameroun, elle fait partie intégrante de la vie de celles et ceux que j’ai rencontrés, elle est même au cœur de leur vie. N’ont-ils pas eux aussi d’autres soucis en tête ? N’ont-ils pas de tracas quotidiens ? Comment nourrir leur enfant le lendemain, comment payer les études de leur ado ? Quel petit boulot trouver pour gagner le minimum vital ? Eux pourtant ne relèguent pas la joie de vivre à des lendemains qui chanteraient. A un luxe dont ils ne peuvent jouir faute d’avoir le "pouvoir d’achat" suffisant. Non, la vie ils la célèbrent tous les jours, même quand il faut sauter un repas par manque de moyens.

Alors nous, ici en France, il faudrait que nous ayons peur d’être heureux, d’être joyeux ? Sourire, ce serait indécent ? Une préoccupation secondaire ? Et si je vous dis qu’être heureux ce n’est pas bourgeois, c’est humain ? C’est humain, bordel ! Pour quoi on se bat, hein, les copains, si ce n’est pour ça ? Pour qu’on rit, on chante, on danse, on aime ? Qui a envie de se battre avec (et pour) des tire-la-gueule ? La politique autrement, c’est aussi ça : c’est celle qui se fait avec les zygomatiques, avec le rythme, avec les tripes ! Hauts en couleurs et la joie au cœur ! Paul Ariès ne dit pas autre chose lorsqu’il parle de "socialisme gourmand" : "donner de la joie de vivre, inventer des nouveaux jours heureux, aller vers le Buen Vivir – c’est à dire la vie pleine, la vie bonne". Comment y aller si ce n’est le sourire aux lèvres et la joie au cœur ? Est-ce qu’on aide plus un ami dans la peine en pleurant avec lui ou en lui donnant de la joie de vivre ? C’est de cette chaleur dont nous avons besoin, c’est elle qui peut résister et vaincre face à la froideur d’un capitalisme inhumain. Deleuze le disait : "le système nous veut tristes et il nous faut arriver à être joyeux pour lui résister". Chiche !

Crédit photo : Le blog d'Emmanuelle

Crédit photo : Le blog d'Emmanuelle

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