Carapace
Elle est solide, ta carapace. Bien protégé, bien à l’abri, sécurité maximale, c’est tellement simple pour toi d’y rester. Toute ton éducation l’a renforcée, moulée, modelée. Les coups que tu as reçus, gifles, fessées, beignes. Les punitions, injustes. Les règles, la discipline. Tu vis dedans et tu étouffes ou tu la veux brillante, tu la veux belle, belle, plus belle que les autres, oui, regardez, elle brille, elle est lustrée, elle vaut plus cher, regardez, qu’elle est belle ma carapace ! Oui mais toi tu vis avec, tu vis dedans. Tu le sais que c’est des conneries tout ça. Peu importe les grelots que tu pourras lui rajouter. Ce n’est pas ça la vie et tu le sais. Mais si. Au fond de toi. Dans la partie tendre, sauvage, celle qui est préservée, encore vivante, pour un temps encore. Pas rigidifiée. Quel courage alors, quelle force, quelle audace de tenter de la briser. Et pourtant, même un insecte minuscule peut le faire. Pour grandir, s’épanouir. Alors voilà, tant d’efforts et voilà, ça y est, tu en sors ! Heures où le monde te fait vibrer, où l’univers résonne en toi comme si tu en étais le centre. Délice, déchirure, intensité. Mais elle revient, ta carapace, plus grande, plus large, différente, mais elle revient, inéluctablement. Il faut encore se battre, il faut encore lutter, contre le courant, contre l’inertie, contre tout ce qui veut te la faire regagner au plus vite. Qui sont ces gens ? Pourquoi te veulent-ils du mal ? Pourquoi veulent-ils t’empêcher de vivre ? Ils ne te veulent pas de mal. Ils ne veulent pas t’empêcher de vivre. Regarde-les. Eux aussi ont une carapace. Eux aussi ont appris qu’on vit de cette façon. Que peuvent-ils donc faire d’autre que d’essayer de faire de même avec toi ? Aide les plutôt, eux aussi, à la briser.

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