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Le blog d'Emmanuelle

Lettre ouverte aux Colibris et à toutes celles et tous ceux qui veulent se battre pour changer le monde mais qui ne croient plus en la politique

2 Octobre 2013 Publié dans #Un nouveau monde en marche, #A gauche

Camarades,

je me permets de vous appeler camarades, c’est un si joli nom.

Vous le savez, la période est historique. L’Humanité est dans un moment charnière de son histoire qui peut déboucher sur le meilleur, ou sur le pire. Nous sommes – je crois – d’accord sur le constat de la grave crise écologique et sociale dans laquelle nous sommes emportés. Je ne la détaillerai donc pas ici. La question fondamentale à laquelle nous devons répondre concrètement est : comment faire pour construire une nouvelle société respectueuse de l’humain et de la vie en général ? Le temps est un facteur décisif, car si les reculs sociaux sont réversibles (ce n’est pas une raison pour ne pas lutter contre !), les modifications des écosystèmes sont souvent irréversibles, en tout cas à l’échelle humaine. Voilà pourquoi il est trop tard pour attendre, ou même pour s’indigner : il faut maintenant agir.

Les Colibris ont décidé de prendre leur vie et leur destin en main, de se regrouper et d’élaborer un « Plan des colibris » pour « changer le monde ». Bravo. J’y lis cependant les phrases suivantes :

« Il ne s’agit pas de blâmer qui que ce soit. Nous sommes tous dans le même bateau. »

Il s’agit, à mon sens, d’une erreur politique grave qui peut avoir de terribles conséquences. C’est cela, camarades, dont je souhaite vous parler dans cette lettre ouverte, en toute amitié.

La politique : tous pourris ?

Vous dites : « En France, gouvernements de droite et de gauche se succèdent, s’obstinant à proposer la même absence de réponses. » C’est l’idée assez répandue du « tous pourris », qui amène à se détourner de la politique, laissant le champ libre à ceux qui s’en empareront à votre place. Voilà pourquoi il est nécessaire de déconstruire cette idée.

Il y a eu dans l’histoire des gouvernements de gauche qui ont apporté des avancées sociales considérables. L’idéologie dominante veut nous le faire oublier : c’est d’autant plus un devoir de nous en rappeler. Les exemples ne manquent pas : les congés payés en 1936 par le Front Populaire, la semaine de 40 heures… Et à l’après-guerre, tout le système de protection sociale issu du programme du Conseil National de la Résistance, magnifiquement intitulé « Les jours heureux » : assurance maladie, système de retraites, allocations familiales, amélioration du droit du travail, comités d'entreprise, médecine du travail, réglementation des heures supplémentaires, statut des mineurs… Des mesures qui donnaient la priorité à l’humain sur l’argent et dont nous bénéficions encore aujourd’hui. Tout ça par des gouvernements de gauche (mais vraiment de gauche). Evidemment, ces avancées ne sont pas tombées du ciel. Elles sont le fruit d’un rapport de forces, de périodes de l’histoire où le peuple se mêlait de ses affaires et se mobilisait largement pour conquérir ses droits.

Où en est-on aujourd’hui ? C’est Denis Kessler, ancien vice-président du Medef, le principal syndicat patronal, qui nous l’explique : « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement [sous Sarkozy à l’époque] s'y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme... A y regarder de plus près, on constate qu'il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

Voilà la feuille de route pour la France, dictée par le grand patronat via le FMI et l’Union européenne, que le gouvernement de Hollande-Ayrault poursuit. Car non, le gouvernement actuel n’est pas de gauche. Peu importe son nom, seuls comptent les faits : il n’est pas de gauche car il n’agit pas suivant des valeurs de gauche. Point. L’égalité et la fraternité sont aux oubliettes, le marché tout puissant dicte sa loi. François Hollande disait, pendant sa campagne présidentielle : « mon ennemi n’a pas de nom, pas de visage, c’est le monde de la finance ». C’est faux : des visages il en a. Ce sont ceux des grands dirigeants des entreprises du CAC 40, des gros banquiers. Eux ont un plan bien établi, eux sont organisés, eux agissent en politique. Et se battent contre les peuples, pillant la nature, dans un seul but : accroître leurs fortunes déjà faramineuses. Non, nous ne sommes pas « tous dans le même bateau ». Ce qui nous arrive n’est pas une fatalité. C’est le résultat d’un rapport de forces entre ces gens et nous, c’est ce qu’on appelle « la lutte des classes ». Ne pas vouloir la reconnaître ne la supprime pas ! D’autant qu’eux, en face, en sont bien conscients :

« Il y a une guerre des classes et c’est la mienne qui est en train de la gagner, alors qu’elle ne le devrait pas » a ainsi affirmé en 2005 Warren Buffet, l’un des hommes les plus riches du monde.

Que faire ?

Déjà, tirer les leçons de l’Histoire. Savoir que rien n’a jamais été donné au peuple qu’il n’ait été chercher lui-même, pour lequel il ne se soit pas battu. Croire qu’on peut, tous ensemble, peuple français – ou carrément, peuples du monde – se donner la main et changer ensemble la société dans une grande discussion démocratique est hélas bien naïf. Les dominants ont des intérêts à préserver, qu’ils feront tout pour préserver. Pas question pour eux de cesser de piller les ressources s’ils n’y sont contraints. Alors comment les contraindre ? Comment empêcher que le massacre continue ?

Il nous faut trouver à quelle échelle et comment agir. Je suis comme vous : je veux changer le monde, tout entier. Seulement, il faut bien commencer quelque part. L’échelle locale semble naturellement appropriée, mais croyez-vous qu’elle suffise ? Les politiques menées au niveau local sont directement contraintes par les politiques nationales : austérité, privatisations des services publics, obligation de concurrence… Empêchant le progrès social et écologique. Bien sûr, ces politiques nationales sont elles-mêmes contraintes par les politiques européennes.

Je pense pour ma part que le plus efficace est d’agir dans le cadre national. Cela ne veut pas dire que l’on ne s’intéresse pas aux autres peuples, que l’on ne lutte pas ensemble. Mais le cadre national nous permet de disposer d’un outil très puissant : la République. La République est, comme l’écrit Bastien Lachaud, un « humanisme émancipateur et universaliste qui affirme l’unité du genre humain et défend l’égalité absolue des êtres humains dans la conduite de l’histoire. Elle est donc doublement révolutionnaire dans le monde actuel. Elle combat le capital qui accapare tous les pouvoirs. Et elle s’oppose frontalement aux théories du choc des civilisations qui essaient de diviser artificiellement l’humanité. » Parce qu'actuellement le pouvoir est pyramidal et que le Président est presque redevenu un monarque, il est indispensable de la refonder. Voilà pourquoi nous appelons à la 6e République, conçue par et pour le peuple, qui lui permettra de reprendre sa souveraineté notamment face aux diktats de l'Union européenne. Mais pour tout cela camarades, il est indispensable de s’engager en politique.

Autant être transparente : je suis membre du Parti de Gauche. Je ne fais pas l’apologie de ce parti : je m’en sers comme d’un outil. Il me permet de réfléchir et de lutter collectivement avec des gens qui partagent les mêmes valeurs que moi. Par cette lettre, je ne vous demande pas de le rejoindre. Je vous demande de réfléchir à votre engagement. La situation est extrêmement grave et nos dirigeants ne feront rien pour la changer si nous ne les y forçons pas ou si nous ne prenons pas le pouvoir à leur place. S’ils sont à ce point sous la coupe des lobbies financiers, c’est qu’en face nous ne sommes pas là pour contrebalancer leur puissance.

La vocation du Parti de Gauche depuis son origine était de créer le Front de gauche, qui rassemble de multiples composantes politiques. La vocation du Front de gauche est de devenir un Front du peuple. Il est donc grand ouvert à toutes celles et à tous ceux qui veulent s’en saisir. Il y a quelques jours, Eva Joly a signé une motion avec ses amis dans laquelle elle se prononce pour un rapport de force avec le gouvernement et appelle à une « nouvelle majorité » initiée par EELV, les « socialistes hétérodoxes » et le Front de Gauche. C’est un espoir formidable. Oui, mille fois oui, pour un Front du peuple rouge et vert ! Il est grand temps de nous unir, nous qui voulons changer le monde, pour porter haut la bannière de l’humanisme et de l’écologie. Camarades de tout le pays je vous appelle à collectivement rejoindre la Résistance.

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